mon Dieu est un poulpe j’en suis sur…

Beaucoup doivent se demander à quoi peut bien rimer ce genre de titre. L’auteur a-t-il fondu un fusible ? Un regain de foi mystique ? Une illumination ?
Je parlerais plutôt de déduction en rapport avec une analyse comparative. Je m’explique…


Si on prend dans les grandes lignes ce qu’est un dieu voilà ce qui en ressort :
Il est discret, il a une apparence surprenante, il a crée un univers à lui tout seul, et son nom à lui seul rime comme une légende.

Reprenons point par point ces descriptifs et voyons qui est ce poulpe divin en présentant Masamune Shirow.

**Discrétion avant tout**

Nous savons très peu de choses sur Shirow ni même si ce mangaka existe. Est ce un homme, une femme, une équipe ? Si on s’intéresse un peu plus à ce nom de scène voilà ce qu’on peut apprendre : Masamune Shirow n’est qu’un pseudonyme : Le nom de Masamune est celui d’un forgeron japonais du XIVe siècle Masamune Okazaki connu pour être l’un des plus grands de l’époque (et encore maintenant). Il aurait fabriqué des sabres de fort bonne facture entre 1288 et 1328 et ce malgré l’impureté du minerai de la période durant laquelle il officiait. Quant à Shirow cela vient de shi (samouraï) et row (jeune homme). Notre Masamune à nous est né en 1961 à Kobe et dès son plus jeune âge il avait déjà des prédispositions pour le dessin. Par la suite il s’installe dans le centre de Kobe pour étudier la peinture à l’huile à l’Université des Beaux Arts d’Osaka, ville voisine de Kobe. C’est à cette époque que va sortir son premier titre : Blak Magic le premier titre d’une longue lignée.

**Et l’univers prit vie**

Le jeune Masamune va faire ses débuts professionnels après avoir été repéré par la Seishinsha. Il y publiera dès sa sortie d’université divers titres baignant dans le même monde futuriste : en 85 Appleseed puis Dominion, Orion, Ghost in the Shell. En même temps, Masamune Shirow bosse comme professeur de dessin, carrière qu’il abandonnera en 1989 pour se consacrer totalement au manga. Et grand bien nous fasse tant Shirow va aller très loin dans la précision pour créer son monde.

Un monde ne se crée pas en un jour et un manga de Shirow ne se décrit pas en un thème : graphisme des personnages et des constructions, background politique et religieux, tout est abordé de manière sérieuse et nous allons y jeter un oeil.

*le graphisme*

Il est clair que contrairement à d’autres mangaka le dessin de Shirow est des plus impressionnants par la précision des détails. Rien n’est ainsi livré au hasard : Recherches techniques pour les combinaisons qui donneront naissance à divers carnets techniques que l’on peut retrouver par exemple dans le tome 5 d’Appleseed. Un travail de titan effectué avec une maîtrise totale de la part de Shirow, ce qui sous entend qu’il ne veut pas travailler avec des assistants comme précisé dans de trop rares interviews…

*le background*

Loin de concevoir de simples aventures futuristes avec un héros ou une héroïne centrale, Shirow construit autour de ces personnages une toile de fond sociale et politique assez complexe qui prend pied dans la réalité où notre actualité évolue pour donner naissance à un monde futuriste non pas imaginaire mais possible voir probable. On peut parler ici d’anticipation plus que de science fiction. Ajoutons que chacun de ses mangas se déroulent sur ce même arrière-plan (Black Magic, Appleseed, ou encore Ghost in the Shell) et on peut parler de création d’univers. Et, encore une fois, l’auteur crée à cette intention des cahiers entiers de notes que l’on retrouve en appendice de ses mangas. Inutile, donc, de préciser la profondeur de ses mangas…

**Et la légende prend vie**

Pour conclure, Masamune Shirow a su révolutionner le monde de la S-F de manière discrète tout en lui donnant ses lettres de noblesse. Dessin et scénario sont réfléchis, travaillés, mûris et créés de manière quasi divine non ?
Si je devais comparer Masamune Shirow et son univers au domaine des romans je le comparerais à Franck Herbert (pour Dune) ou Isaac Asimov (pour la série des robots ou Fondation) d’autres bâtisseurs d’univers futuristes. D’ailleurs pour info, Shirow a remporté le prix Seiun Sho, équivalent nippon du prix Hugo (prix reçu par de grands noms comme Dan Simmons, Orson Scott Card, Isaac Asimov ou Frank Herbert), récompensant les meilleures œuvres de science-fiction. Malgré tout Shirow protège farouchement son intimité en restant à l’écart de la célébrité et des flashs préférant s’exiler dans la banlieue de la ville (en 1991 après un tremblement de terre)pour éviter une vie trop mouvementée. Nul ne connait son vrai nom, il n’existe aucune photo de lui, il ne vient jamais aux conventions et n’accorde que très peu d’interviews. C’est ainsi qu’il a créé unes des œuvres les plus grandioses de la S-F et je l’en remercie.

Maintenant vous devez vous demander quel rapport avec le poulpe ? Simple à l’instar de Toriyama et d’autres mangakas Shirow se dessine sous une forme différente de l’autoportrait : un poulpe. Donc mon dieu est un poulpe…

De votre côté :

Connaissez vous son oeuvre ?
L’aimez vous ?
Etes vous plus intéressé par son graphisme ou son coté scénario ?
Est ce une version du cyberpunk qui vous attire ?

A la fin de chaque lecture, vous posez vous les mêmes questions sur l’avenir de l’homme que Shirow ?

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